Le mot… un nom. Petite déambulation facétieuse…

Introduction au Dictionnaire amoureux de ?

La Bretagne… Le XVIème siècle… La Renaissance… Rabelais…

Quelques mots, des impressions… Et déjà avec ces mots, des images qui viennent en tête…

Ecrivain. Juriste. Conteur… Un grand conteur. Contemporain de Jacques Cartier. Le Canada … Une époque. Ronsard, « mignonne allons voir… » Du Bellay, François Ier…

Des mots… des mots, des mots merveilleux  qui font naître des pensées fugaces, des souvenirs, des flashs… Ah  ces mots !!! Des mots terribles qui évoquent les guerres… Marignan 1515 ! Cérisoles 1544. En Piémont, au sud de Turin, 8ème guerre d’Italie. En rapport avec lui.

Et puis des mots doux : « Plus mon petit Liré que le mont Palatin et plus que l’air marin, la douceur angevine »; des mots suaves : « de mémoire de rose on n’a vu mourir un jardinier… » Merci Fontenelle.

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Mystérieux animal…

Ah des mots, des mots, oui toujours des mots, qui peignent, qui dessinent, qui sculptent les heures et qui gravent les âmes…

Leur pouvoir est immense. Ils guident les rêves, et font s’entretuer les hommes. Mais ils peuvent aussi soulever les montagnes quand ils sont associés au mot « amour »… Ils peuvent aussi faire renaître ceux qui nous ont quitté depuis longtemps, leur donner une seconde vie. La mort n’est abominable que lorsqu’elle tue par l’oubli ceux qui avant nous ont parcouru cette terre.

Celui dont nous voulons vous parler n’est pas vraiment mort. Son nom est prononcé de temps à autre. Même par des jeunes pour lesquels l’histoire n’est pas la préoccupation majeure. Car ils vont au collège qui porte son nom. A Guichen ou à Vern sur Seiche. D’autres en parlent comme d’un trophée puisque les meilleurs maîtres crêpiers  honorent de son nom chaque année la gastronomie à base de sarrasin. Quant aux rues n’en parlons pas !  Châteaugiron, Breteil, Chartres de Bretagne, Vern, Pleumeleuc, Rennes, et bien sûr Saint-Erblon l’ont honoré d’un clin d’oeil. Petites rues souvent certes, mais qui veillent…

Noël du Fail

Saint-Erblon au sud de Rennes… Hermeland, moine nantais du VIIIème siècle lui a donné son nom. La Seiche, affluent de la Vilaine… Non, ce ne sont pas là balivernes ! Vous voulez dire Baliverneries ? Oui plutôt, car c’est bien ce nom qui convient aux entours de Château Letard, car c’est là qu’elles ont été écrites. Ecrites, ou situées à dire vrai, car tous ces noms de lieux que vous croisez tous les jours en allant de Saint-Erblon à Vern, à pied, en voiture ou à vélo, y figurent. Mais que voulez vous donc dire ?

Qu’il y a bientôt cinq siècles, ces lieux dits, ces hameaux, ont servi de cadre à une peinture de la vie des campagnes de ce temps. Il est né là, juste au dessus des bords de la Seiche au dessus des moulins qui mûs par l’eau ont donné du froment et de la farine. Et il a pris la plume… « Les Baliverneries d’Eutrapel » tel est leur nom. Des propos frivoles, sans importance, sans prétention, si ce n’est de montrer comment on vivait là en ce temps, quand on était né gentilhomme campagnard. Peintre à la manière hollandaise avant l’heure, de sa plume il a brossé des tableaux gais, facétieux de ses contemporains. Gaillard, paillard à l’occasion, il a suivi les traces du grand François, de son maître chinonais, son aîné d’une trentaine d’années. Alcofribas Nasier tel un sanglier a tout renversé sur son passage. Lui dans l’ombre immense de l’Eschyle de la mangeaille, de l’Homère bouffon d’Hugo, a tracé son sillon délicatement, en balivernant… Propos Rustiques, Baliverneries, Contes et Discours, sont ses partitions. Son « œuvre facétieuse », ainsi sont-ils baptisés ces recueils, regroupés.

Qui ne le sait, l’Heptaméron est associé à Marguerite, les Récréations & Joyeux Devis à Bonaventure des Périers, et pour toujours les Œuvres facétieuses sont de…

Vous l’avez sur le bout de la langue, vous le savez. Trop d’indices vous ont déjà mis sur la piste de celui qui en Bretagne est le grand conteur de la Renaissance française.

Entre Anne de Bretagne, deux fois Reine de France et bien plus tard Madame de Sévigné, ses lettres et son château des Rochers en Vitré, il y a le XVIème siècle… Les jambes en sont Jacques Cartier, né à Limoëlou aux portes de Saint-Malo, infatigable navigateur, découvreur de nouveaux mondes, connu de chacun. Presque autant que Christophe Colomb… 1494…

Et puis il y a la tête. La tête et les jambes, pour se souvenir de ce siècle en notre Province, la Bretagne, nos racines. La tête, car qui d’autre vous vient en mémoire de ce temps lointain où la fourchette venait d’arriver d’outre monts ? Bien peu pourront nous opposer des concurrents qui aient une stature aussi haute, aussi riche que celle de cet enfant de Saint-Erblon né vers 1520, à la fois juriste, magistrat érudit et écrivain facétieux… Lorsqu’on sait qu’en plus, il fut porteur, défenseur d’idées neuves qui le font ranger parmi les humanistes, ces hommes qui par leur vision de l’Homme ont fait changer le monde, on se demande comment la Bretagne a pu laisser croupir dans une ombre mémorielle coupable, cette belle figure de son passé.

symbolique du hérisson
Le hérisson « hérissé » est la symbolique du seigneur de la Herissaye, traduisant son caractère prompt à se dresser contre les importuns et les méchants. C’est sur l’édition de 1579 de son recueil d’Arrests que … fait figurer un fleuron de forme ovale, à travers lequel il ambitionne de résumer sa vie, sa dualité et ses aspirations ambivalentes. Centré par un énorme hérisson, dressant sa forêt de dards, et auprès duquel s’enfuient en aboyant deux chiens effarés, cet écusson délivre un message clair à ceux qui seraient tentés de lui chercher noise : les chiens ne mordent guère sur les piques du hérisson, et quand leur imprudence les y pousse, ils reviennent en triste état !

Car peut être ne l’avez-vous pas encore sur les lèvres ce nom qui nous les brûle et que nous retenons avec tant de difficultés. Bien sûr qu’il devrait avoir éclot comme une évidence si l’Histoire en général et notre histoire en particulier, celle de la Province, n’avait pas été déconsidérée, parent pauvre de notre actuelle société. Comme si ces racines qui nourrissent notre présent, qui nous relient au Passé, devaient être sectionnées pour plus aisément manipuler les individus. Pour les rendre sans identité, sans fierté, sans réaction. De simples consommateurs serviles, voila l’homme idéal conceptualisé, sans histoire, sans culture, sans pays, citoyen du monde, atone. La mondialisation, l’uniformisation, le tablerasisme en marche, comme vérité du jour incontournable…

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Donc vous ne savez pas ? Ce n’est pas votre faute, personne ne vous en a parlé, personne ne vous a dit heureux d’être breton, et que vous aviez des aïeux dont vous pouviez être fier.

Eh bien nous, nous voulons renverser la vapeur. Oui, la Bretagne aussi a eu des noms qui l’ont rendue orgueilleuse. Et c’est bien ainsi. Et de ce nom qui va nous échapper, vous pouvez bomber le torse. Lorsque vous aurez dévoré ces pages qui vous attendent vous direz, comment se fait-il que je ne susse pas ? Pourquoi ne m’a-t-on rien dit à son sujet ? Pourquoi ne connaissais-je pas les Baliverneries ? Mais maintenant je sais que de ce siècle, chez nous, il y a désormais deux noms qui tout de suite me viendront en mémoire.

Jacques et Noël. Les jambes et la tête. La tête et les jambes. Un joli duo. Ils sont des phares vers lesquels, navigants inquiets dans un monde qui se cherche et ne se trouve pas, vos regards scrutent pour se rassurer. Des valeurs sûres, des gloires locales, qui vous maintiennent la tête haute. Jacques Cartier a son manoir à Limoëlou. Noël a lui le sien à Saint Erblon. Sauvé in extremis de la ruine du temps. Siège de l’Association qui garde sa mémoire et qui cherche à remettre en lumière son legs culturel.

Objectif : 2020.  Car ce sera là son demi millénaire ! Cinq siècles qu’il vit le jour… Une paille… Cinq cents années qu’il a malgré tout traversées, et pendant lesquelles la petite flamme de sa mémoire ne s’est pas éteinte. Un exploit. Aussi grand que cette traversée de l’Atlantique vers Terre Neuve accomplie par son contemporain. Combien d’autres n’y ont pas résisté… Alors aujourd’hui, demain, vous aurez ce nom sur les lèvres et il jaillira comme triomphal de vos gorges réjouies. Ah ! ce nom, ce nom qui va enfin se dire, qui va crever l’écran, moins célèbre certes que le mot… Le fameux mot ! imprononçable…vous savez, celui dont Sacha Guitry a fait une pièce, à lui entièrement consacré, ce mot historique, ce mot scandaleux, un mot éternellement sale, vulgaire, mais si terriblement français, très gaulois, indémodable, et toujours sur nos lèvres prêt à tonner comme un boulet de canon, le mot de Cambronne bien sûr… eh bien ce nom, ce mot, qui ne font qu’un, et qui va dans la seconde qui vient jaillir, c’est celui du Rabelais breton, qu’un sot de son temps jaloux de son succès d’écrivain a couché dans une lettre à Ronsard, le brocardant de « singe de Rabelais »… Eh bien ce mot, ce petit mot, qui sonne malicieusement, qui ensoleille nos jours et  la Bretagne, c’est celui de  ….                                  Noël du Fail !            

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