Du FAIL, contrairement à Rabelais, n’a pas laissé à la postérité de représentation de lui. Nous en sommes réduit à des conjectures quant à son aspect physique. Cependant dans quelques passages de ses Contes et Discours, il se laisse entrevoir, et même ne rechigne pas à brosser de lui un tableau assez précis. A travers la peinture qu’il fait de lui-même, il nous semble bien proche de ce fier gentilhomme du XVIème siècle…
Aussi, si vous en êtes d’accord, pourrions nous unir cette représentation à son évocation…

Comme le remarque Emmanuel Philipot « aucun écrivain ne s’était décrit avec autant de minutie », (Montaigne ne se peindra dans ses Essais qu’en 1580), « et aucun satirique à ma connaissance, n’a aussi bien renseigné la postérité sur les concomitants physiques de ses indignations vertueuses ».
Du Fail qui n’avait pas encore la trentaine à la publication des Baliverneries, lui « qui n’avoit jamais l’oeuil en un lieu, ains inconstant et vague… », est comparé par Lupolde à un singe perpétuellement en fièvre…et lui-même s’identifie à un singe gambadant devant une tortue…

Sur le plan physique, il se montre piaffeur et même un peu fat, « godronné »comme un muguet du jour, avec sa barbe soignée qu’il «contourne », ses moustaches « cordées », qu’il file quand il est mécontent, sa cape qu’il relève d’un geste noble, son petit chapeau à plumes, son pourpoint rembourré, sa démarche affectée et traînante « à hanche deslouée », ses façons goguenardes et ses répliques sèches et mordantes, surtout à l’endroit de Lupolde.
Evoquant le Panurge de Rabelais, faisant par certains côtés penser à l’Alceste de Molière, cet Eutrapel, nom grec qui signifie « plaisant, enjoué », séducteur, « il sçavoit gaingner toutes manières de gens par une grace qu’il avoit, oultre le naturel des hommes », se révèle attachant par bien des aspects.

François Rabelais, né sans doute une trentaine d’années avant du Fail, – l’éventail des dates possibles de sa venue au monde étant large, 1484 ou 1494 ? -, il peut incontestablement être considéré comme le père spirituel du petit Saint Erblonnais, né lui de façon fort vraisemblable en 1520 sur les bords de la Seiche.

Géant ayant illuminé tout le XVIème siècle, aucun de ses contemporains n’a échappé à son influence, en particulier le petit Noël, qui n’a pu se soustraire à une mise en perspective comparative de ses œuvres. Surnommé le Rabelais breton, il faut se garder de le confondre avec d’autres écrivains facétieux de sa génération et ne voir en lui qu’un conteur grivois, qu’un bouffon, qu’un plaisantin. S’il est un des représentants les plus déclarés de cet esprit de malice du bon vieux temps, contemporain de toute une lignée d’esprits gaulois fidèles à la tradition des fabliaux du Moyen Age, Noël du FAIL reste un des principaux Conteurs de la Renaissance Française, et le seul en Bretagne, dont la mémoire est parvenue jusqu’à nous.

Contemporain de du Fail, c’est sous sa Présidence que notre ami devint Conseiller au Présidial de Rennes. Institution nouvellement créée par le Roi Henri II, par un édit de Mars 1552, elle a pour but de soulager les juridictions, débordées par la multiplication des procès. Comme il nous en fait part dans ses Contes et Discours, le souverain ému par ces plaideurs qui « employent le temps de leur vie (…) sans (…) pouvoir voir la fin de leur procès », créé ces juridictions intermédiaires, qui jugent en première instance les affaires civiles et criminelles, sur un plan d’égalité avec les baillages pour ce dernier point. Composées de neuf membres, du Fail y siègera pendant 18 années, jusqu’en 1571, où il devient alors Conseiller au Parlement.

Bertrand d’Argentré, juriste et historien, sera l’auteur d’une « Histoire de Bretagne » publiée en 1582. Son ami du Fail lui aussi aura ce projet, sans que nous sachions si ce travail a été mené à bien puis perdu ensuite ou si il est demeuré au stade d’intention. Nous n’en savons que ce qu’en a écrit un de ses contemporains, La Croix du Maine, qui le signale clairement comme l’auteur d’une « fort belle et docte Histoire de Bretagne ».